Les DJ's puisque le mot est lâché, quant à eux, existaient bien sur depuis longtemps,
il y avait ceux des émissions de radio et ceux des clubs, qui passaient du funk ou du
disco ; mais le Hip Hop allait révolutionner la donne... S'il n'y avait pas eu de
DJ, il n'y aurait jamais eu de Hip Hop. Ceux qui passent comme les 3 fondateurs du
Hip Hop en tant que forme musicale sont 3 Dj, en l'occurrence Kool Herc,
Afrika Bambaataa et Grandmaster Flash.
Kool Herc est d'origine jamaïcaine, adolescent, il quitte Kingston pour aller vivre à
New York dans le Bronx. Doué pour l'athlétisme, ses copains de classe le surnomment
Hercule, qui sera abrégé en "Herc". Après avoir graffité son nom sur les murs de
la ville, il se tourne vers le Dj'ing et va avoir la géniale idée de transposer
le concept des "sound system" jamaïcains de son enfance à la réalité du Bronx.
Il organise alors les premières "Block Party", dans lesquelles il passe les disques
de Soul et de Funk qu'il affectionne. Equipé d'abord d'une seule platine
il était obliger de parler dans le micro à la manière des Dj jamaicains pendant qu'il
changeait de disque sur la platine. C'est lorsqu'il commença à mixer avec deux platines
qu'il va créer les bases techniques de mixes pratiqués encore aujourd'hui.
En jouant le même disque sur les deux platines, il était capable de rejouer plusieurs
fois d'affiler les parties du morceau qu'il appréciait, et notamment les breaks.
Au fur et à mesure que Herc développait ses techniques de mix, il ne pouvait plus
continuer à rapper dans le micro comme il le faisait, il fit alors appel à des amis à
lui, comme Coke La Rock, pour s'occuper du mic pendant les block party, ils formèrent
les Herculoids. Ils sont le premier groupe de rap. Ceux sans qui rien n'aurait été par
la suite.
C'est en voyant Kool Herc aux platines que Afrika Bambaataa allait lui aussi trouver
sa voie. Bambaataa, vient lui aussi du Bronx. Au début des années 70, il faisait parti
d'un gang de New York nommé les Black Spades. Tout en continuant ses études, Bambaataa
arpente les rues de la ville avec son gang jusqu'au jour où son ami Soulski
est assassiné. Bambaataa se pose alors en réflexion sur sa vie et sur la situation
des africains-américains au sein de la société blanche américaine qui non contents de
les avoirs exploités pendant des siècles en tant qu'esclaves, les maintient dans
la pauvreté, l'ignorance et l'oppression engendrées par la haine et le racisme.
Influencé par les leaders des mouvements des droits civiques, comme Malcolm X,
Martin Luther King, ou encore Bobby Seale et Huey P. Newton
(les fondateurs du Black Panther Party) il décide alors de changer d'état d'esprit,
en tant que jeune du ghetto, et de transformer toutes les énergies négatives qui
gravitent dans son environnement en énergies positives, par l'intermédiaire de
l'expression artistique et de la culture Hip Hop. Le 14 novembre 1973, Afrika Bambaatta
crée la Universal Zulu Nation. Il transforme son ancien gang en un groupe actif
de la culture Hip Hop et devient Dj à l'instar de Kool Herc. Bambaataa va être
le premier à mixer différents types de musiques : aux Funk et à la Soul des années 60
et 70, il mélange le rock, la musique industrielle de Kraftwerk et beaucoup d'autres
styles de musiques.
La Zulu Nation qu'il a fondé va par la suite regrouper dans ses rangs beaucoup
d'autres Djs, comme Grandmixer DST, Jazzy Jay, Kool Dj Red Alert, Afrika Islam...
et rapidement les danseurs vont se retrouvés eux aussi impliqués dans la Zulu Nation
qui sera, l'un des éléments fédérateurs des jeunes impliqués dans le Hip Hop.
La Nation Zulu Universelle, organisation multiculturelle se réunit autour des
valeurs de "Peace, Unity, Love, and Having Fun" (Paix, Unité, Amour, et Prendre du
Plaisir). Elle voit la musique et les expressions artistiques fondatrices du Hip Hop
comme un moyen d'éduquer les jeunes et de les sortir de l'engrenage de la violence.
S'inspirant de valeurs religieuses universelles et fédératrices, empruntées à l'Islam
(même si l'accoutrement de Bambaataa et des Zulus aurait fait perdre leur "latin" aux
grands Ulémas d'Arabie), Bambaataa tient bien sur le nom "Zulu" de la tribu d'Afrique
du Sud qui a tenu en défaite en 1879, grâce à son nombre et son unité, l'armée coloniale
hollandaise. Bambaataa veut donc faire de la culture et de la musique un facteur
d 'élévation sociale.
Nous sommes au milieu des années 70, et aux quatre coins du South Bronx,
des jeunes se retrouvent fédérer par le même enthousiasme pour le mouvement qui né
sous leurs yeux et dont ils sont les acteurs principaux : le Hip Hop. Cette génération
à qui la société n'a jamais prêté attention auparavant et que la société américaine
cherche même à criminaliser, tient là l'occasion de faire valoir à la face du monde
(mais à cette échelle ils l'ignoraient encore) son potentiel créatif.
Un peu partout Kool Herc et les Herculoïds animent des Blocks Party,
et très vite Bambaataa lui impose une concurrence acharnée. Jamais auparavant
le Bronx n'avait connu un tel phénomène, ils sont des milliers à venir dans les parcs
écouter ce son nouveau mixé par des DJ, à venir écouter ces gars parler dans un micro
et à venir voir d'autres gars danser et tourner sur la tête, alors que derrière eux,
quelques graffeurs et tagueurs viennent se mêler à ce mouvement de foules au risque de
dévoiler l'anonymat qui leur permet de rester en liberté. Le Bronx est en effervescence,
la culture de la rue bouillonne et ne tardera pas à inonder les autres quartiers de New York.
GrandMaster Flash mixant au Danceteria
Afrika Bambaataa
Un autre jeune homme d'origine jamaïcaine et résident du Bronx allait permettre au
Hip Hop d'étendre son champ d'action... GrandMaster Flash, en voyant Herc aux platines,
commence sérieusement à s'intéresser à la manipulation de ces engins qui permettent de
faire sortir des sons faisant réagir sur l'instant la foule et les danseurs. GrandMaster Flash
va mettre à profit ses connaissances en électronique qu'il étudie au lycée pour
les associer à l'art du dee jaying... il perfectionne les techniques de Herc ;
et s'inspirant de DJ Grand Wizard Theodore, l'inventeur du scratch, Flash crée ses
propres techniques de scratchs et de cut... En 76, Flash est au point et la concurrence
avec le sound system de Kool Herc peut commencer... Flash commence aussi à écrire quelques rimes,
mais trop occupé par les platines, comme Herc, il délèguera le rôle de Mc à d'autres...